Mathieu Vermeulen : « Il est possible de créer un jeu sérieux avec un budget modéré »

« Les ECSPER » (Etudes de Cas Scientifiques pour l'Expertise et la Recherche): un jeu sérieux dont le nom est un clin d'œil à une série télévisée bien connue ! Conçu au sein de Mines Douai et de Mines ParisTech, il sera lancé dès la fin du mois de novembre, alors qu'une déclinaison est prévue avec Mines Saint-Etienne.

Quels sont les enjeux de ce projet qui a nécessité plusieurs mois de maturation ?

Capture d'écran des ECSPER

Dessin de Grégory Charlet

Explications avec Mathieu Vermeulen, ingénieur pédagogue multimédia à Mines Douai. Il a été l'initiateur de ce projet avec sa collègue Kathy Fronton de Mines ParisTech, sur la base d'une expertise scientifique de Claude Robin et d'Anne-Françoise Gourgues. Ces deux écoles d'ingénieurs sont rattachées à la fondation Université Numérique Ingénierie et Technologie (UNIT). 

Vous lancez un projet pédagogique basé sur un jeu numérique : les ECSPER. De quoi s'agit-il ? 

C'est un « jeu sérieux » que nous destinons aux élèves ingénieurs de 5ème année des écoles des Mines de Douai et de ParisTech. Nous allons le tester auprès d'une cinquantaine d'étudiants dès la fin du mois de novembre, avec l'objectif de le finaliser au mois de mai 2013. En jouant aux ECSPER, les étudiants se mettent dans la peau d'un stagiaire d'un laboratoire de recherche qui doit faire ses preuves. Une mission lui est confiée : une enquête scientifique qu'il va mener dans un contexte judiciaire. Dans un atelier d'usine, une machine-outil est tombée sur le directeur et un procès a été ouvert pour connaître les causes de cet accident. Le joueur devra alors expliquer les raisons de la cassure d'une vis. S'agit-il d'un acte de sabotage ou bien d'une rupture dûe à l'usure de la pièce ? Bref, ce projet permet, dans un contexte ludique et pédagogique, de développer des réflexes professionnels à acquérir dans le cadre d'une expertise scientifique et judiciaire. Et de valider ses connaissances en matière de mécanique de rupture. 

Comment se présente le jeu ?

Tout d'abord, nous avons misé sur l'habillage graphique. Nous avons fait appel à un dessinateur de bande dessinée professionnel qui a réalisé pas moins de 90 illustrations !

A la manière d'un « livre dont vous êtes le héros », l'étudiant progresse d'écran en écran en effectuant des choix. Pour démarrer le processus d'analyse, il devra choisir une méthode choisie dans une batterie de tests, qui va conduire à certains résultats. En fonction de ceux-ci, il en déduira s'il a formulé les bonnes hypothèses, et sinon, il reviendra au stade de la série de tests. En dernière étape, le joueur remet son rapport d'expertise... Mais s'il le rend trop rapidement, il est puni : il est obligé de balayer le laboratoire !

Quel est la génèse du projet, et quels écueils avez-vous rencontrés ?

Le projet a été initié fin 2010, et a mobilisé plusieurs enseignants de mécanique. Nous avons été finalement assez longs pour converger vers un scénario. Ce processus a duré environ 6 mois, mais Grégory Charlet, l'auteur de bandes dessinées, nous a aidé à le clarifier et à le rendre moins austère. En même temps, nous lui avons donné carte blanche pour élaborer un scénario riche – et du coup, le projet a pris du temps -, nous aurions pu être plus directifs et plus restrictifs, c'est une question de choix. Nous avons mis une année pour développer le logiciel, une fois le scénario établi, et pour réaliser les dessins.

Pour quelles solutions techniques avez-vous opté ?

Pour réaliser l'arbre logique du scénario, nous avons utilisé la plateforme Scenari, en utilisant le modèle Topaze développé par l'Ecole de Mines ParisTech. Plus largement, les ECSPER reprennent des résultats obtenus dans le cadre du projet OPA qui regroupe une dizaine d'établissements universitaires et écoles d'ingénieurs. Il vise à développer des outils de pédagogie active via des interfaces numériques, et a notamment conduit à la création de modèles pour les chaînes éditoriales Jaxe (MICA) et Scenari (Topaze).

Quels ont été les coûts du projet, de quelles aides avez-vous bénéficié ?

En premier lieu, je le souligne, ce jeu a été beaucoup moins onéreux que ce qu'on nous avait promis au démarrage. S'il est vrai que le budget de certains projets de serious game dépasse le million d'€, dans notre cas, l'investissement totalise environ 28 000 €, dont 24 000 € sur les dessins. En tenant compte des salaires, en étant large, on peut ajouter 70 000 € à ce budget.

Au départ, nous avons obtenu 50 000 € suite à l'appel à projet annuel d'Unit (30000) et « Grande école virtuelle » du Groupe des Ecoles des Mines (20000) obtenus fin 2010, destiné à promouvoir les TICE et les pédagogies innovantes. Nous n'avons donc pas encore dépensé l'ensemble de cette enveloppe ! Je crois que, in fine, nous avons démontré que l'on peut réaliser un jeu sérieux de belle facture avec un budget modéré.

Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Nous allons décliner l'approche de notre jeu à d'autres thématiques : gestion de projet management avec Mines Saint Etienne, l'Université du Mans, Mines Douai et Mines ParisTech. Ce projet co-financé par Unisciel va démarrer en janvier. Dans le domaine de la chimie et du risque industriel, une autre adaptation est prévue Mines ParisTech, Douai, Saint Etienne, et Chimie ParisTech, avec le soutien financier d'Unit. A l'avenir, j'entends également développer les ECPSER autour du développement durable et de la géologie.